L'usage prophylactique du papier toilette prédécoupé est le meilleur moyen de lutter contre la tentation de nous déguiser en momie - que l'on soit tenté de se momifier soi-même, ou que quelqu'un soit tenter de le faire pour nous.
lundi 10 mai 2010
30 - Allégorie philosophique burlesque.
L'usage prophylactique du papier toilette prédécoupé est le meilleur moyen de lutter contre la tentation de nous déguiser en momie - que l'on soit tenté de se momifier soi-même, ou que quelqu'un soit tenter de le faire pour nous.
29 - Trop de lectures tue la lecture.
Il y a quelques années, une idée folle s'est emparé de moi : il fallait que je lise tous les livres, ou, du moins, le plus de livres possibles. Fort de cette ambition, je passai mes trois mois d'été à dévorer autant d'ouvrages que je le pus ; en tout, une centaine de romans, pièces de théâtre, essais, etc. Le résultat fut, comme on s'en doute, absolument calamiteux : c'est à peine si je me souvenais du contenu d'un livre une semaine après l'avoir fini. Trop d'idées trop rapidement parcourues n'aboutirent qu'à une redoutable indigestion : après bien du temps et de l'énergie dépensés, je ne m'en trouvai pas mieux intellectuellement parlant (au contraire, je restai comme abasourdi, incapable d'idées, dans une confusion d'esprit totale). Je suis bien revenu de ma folie depuis. Tout d'abord, j'ai accepté l'idée que toute culture est nécessairement fragmentaire, lacunaire ; j'ai surtout compris que lire dans le sens noble du terme ne signifie pas enchaîner les lectures - fussent-elles "savantes" - à un rythme effréné. La lecture véritable demande du temps, de la rumination. Aussi, aujourd'hui, me semble-t-il préférable de sélectionner, parmi mes lectures toujours nombreuses, les auteurs qui me donnent le plus à penser, qui me causent les plus grands enthousiasmes, et de les méditer sans cesse, dès que j'en ai l'occasion. Mieux vaut une bibliothèque ne contenant que vingts auteurs soigneusement sélectionnés, que l'on lit et relit amoureusement , qu'une bibliothèque de milliers d'ouvrages hâtivement compulsés et jamais digérés ; pour qu'un auteur nous donne à penser, nourrissent nos réflexions, il faut s'être habitué à sa conversation de longue date - il faut nous donner le temps de dépasser le premier mouvement d'enthousiasme, de nous imprégner des nuances de sa pensée, et enfin de le dépasser, car un auteur ne nourrit notre réflexion qu'autant que nous avons appris à nous déprendre de lui (et en ce sens, la tâche est encore immense pour moi).
samedi 8 mai 2010
28 - L'inspiration.
L'inspiration n'est pas un marchand de tapis, si l'on ne lui donne pas audience à l'instant où elle se présente à nous, il est peu probable qu'elle daigne revenir plus tard.
27 - Le Paradis est où je suis.
J'ai souvent lu cette question : "A quelle époque auriez-vous aimé vivre ?". Réalise-t-on le manque total de sens d'une telle question ? A ceux qui y voient autre chose que l'occasion d'exprimer des fantasmes un peu naïfs, je propose la méditation suivante : croyons-nous vraiment que le contexte dans lequel nous vivons est strictement extérieur à nous ? Notre époque n'est-elle pas en nous ? Cela admis, conçoit-on la souffrance que représenterait pour chacun de nous la transposition de notre époque à une autre ? Combien de souffrance avant que la greffe soit acceptée, si encore il existe une chance qu'elle le soit ! Aussi, quand on me demande l'époque à laquelle je souhaiterais vivre, si je pouvais choisir, je réponds : le paradis est où je suis, nécessairement.
26 - Dire la vérité.
L'injonction kantienne de toujours dire la vérité témoigne d'une bien curieuse volonté de nier la réalité des êtres et des choses. Premièrement, de mémoire d'oreille humaine, jamais on a entendu - ni n'entendra jamais - quelqu'un révéler le contenu de La Vérité - chose impossible puisqu'il est soit inexistant (si la Vérité n'est qu'une idole boursoufflée) soit infiniment hors de notre portée. Deuxièmement, quant à ce que l'on appelle ordinairement "dire la vérité", cela se réduit - dans le meilleur des cas - à exposer à quelqu'un, sans intention consciente de le tromper, l'interprétation tout à fait partiale que nous avons d'une situation, autrement dit, la manière dont nous croyons l'avoir vécue d'après la reconstitution (simplification) effectuée par notre conscience.
jeudi 6 mai 2010
25 - Rire révélateur.
Le rire franc ne se contrôle pas, il n'est pas le fruit d'un calcul conscient ; il surgit parfois de profondeurs nettement en-deçà de ce que nous sommes capables de percevoir de nous-même. Laisse-moi observer ce qui te fait rire, je te dirai qui tu es...
mercredi 5 mai 2010
24 - Curiosité.
"Maintenant que tu as quinze ans, libre à toi de cuisiner tant que tu voudras, tous les plats que tu voudras ; mais, tant que tu n'auras pas dix-huit ans, défense absolue de regarder les émissions ou les magasines de cuisine !" Plutôt curieux, n'est-ce pas ? Transposons : " Maintenant que tu as quinze ans, libre à toi de mener ta vie sexuelle comme tu l'entends, de te livrer à toutes les pratiques qu'il te plaira ; mais, tant que tu n'auras pas dix-huit ans..."
23 - Force de l'aphorisme.
La force de l'aphorisme vient de ce qu'il permet de renfermer une signification très dense tout en attirant l'œil. En effet, sa forme brève ne décourage pas le paresseux (pourtant, qu'on me permette d'affirmer qu'il n'est pas possible de lire un aphorisme avec paresse) : alors que l'on aurait pas pris la peine de lire une démonstration suivie de 10 pages, ne s'aperçoit-on pas souvent que, d'aphorisme en aphorisme, on a déjà lu une trentaine de pages sans y prendre garde ? Mais l'on aurait tort d'en déduire qu'un aphorisme est facile à lire. Une fois lu, tout reste à faire : il faut interpréter. Sans compter qu'un aphorisme réussi dit parfois en une phrase plus qu'un livre entier.
22 - Ecouter un opéra.
Imaginez qu'un ami vous invite chez lui, vous prie de prendre place dans un de ses fauteuils. Une fois installé, il vous tend un casque "Tiens, écoute-moi un peu ça !" : dans le casque, vous entendez un film, en VO, sans visuel, donc. A la fin de cette curieuse séance, ne trouverez-vous pas votre ami bien loufoque s'il vous demande ce que vous avez pensé du film qu'il vient de vous faire ainsi découvrir ? Comment, en effet, pourriez-vous avoir la moindre idée de la valeur du film, si vous ne l'avez pas vu, si vous n'avez pas même compris de quoi il parle, si vous vous êtes contentés d'entendre les acteurs, la musique et les bruitages du film ? Qu'on me permette pourtant de faire remarquer que c'est généralement de cette manière que l'on aborde - et que l'on se fait un avis sur - l'opéra : on l'écoute, et encore, la plupart du temps, sans se soucier du texte. Certes, la musique à plus d'importance dans un opéra que dans un film, mais ce n'est pas une raison pour le traiter comme s'il s'agissait d'une romance sans paroles.
21 - Deus sive Natura... sive Ego
A-t-on assez remarqué à quel point ceux qui se réclament d'une quelconque transcendance ("Dieu", la "Nature", etc.) pensent savoir ce que sait et ce que veut cette transcendance comme s'il s'agissait d'eux-même - il est d'ailleurs tout à fait intéressant de constater la parfaite coïncidence qui existe presque toujours entre le système de valeurs d'un croyant et celui qu'il attribue à son Dieu. Ainsi, le Dieu d'un ascétique exige l'ascèse, celui d'un philanthrope la charité, celui d'un antisémite déteste les juifs ; ainsi encore, un homophobe déclarera que l'homosexualité est contre-Nature, c'est-à-dire va contre la volonté manifeste de cette divinité... Une question à ce sujet : comment quelque chose qui existe (qui est dans la nature, donc) pourrait-il être contre-nature ? Dans tous les cas, ne venons-nous pas de démasquer une manière particulièrement sournoise de conférer une autorité abusive à ses propres valeurs, pour les rendre écrasantes ?
20 - Bal masqué.
Les "valeurs", les "idéaux" ne sont généralement que des masques dont nous recouvrons nos instincts et nos intérêts pour nous donner bonne conscience tout en essayant de nous imposer aux autres - autorité de l'idéalité oblige. La société n'est qu'un vaste bal masqué.
19 - Dangereux pour les autres.
Entre mille autres, un point attire mon œil vigilant. Commençons par un exemple - mais ce que je m'apprête à révéler peut (et doit) être considérablement élargi : alors qu'une immense majorité de personnes lit, regarde ou a déjà lu, regardé des œuvres pornographiques, reconnaître qu'on s'adonne à ce genre d'activité reste quelque chose d'extrêmement mal vu, propre, au mieux, à nous attirer moqueries et regards torves. Qu'en conclure ? Que la plupart des gens condamnent les autres pour des activités auxquelles ils s'adonnent eux-mêmes -parfois avec une grande complaisance. A-t-on assez remarqué cette hypocrisie ? Déduction : presque tout le monde ayant tendance à se surestimer, à se croire meilleur que les autres, ce que l'on estime dangereux pour les autres nous paraît moins dangereux - sinon inoffensif - pour nous même... c'est que, comprenez, nous sommes tellement au-dessus de ces périls !
lundi 3 mai 2010
18 - Plus fort que Montesquieu.
Dans ses Pensées, Montesquieu écrivait : "L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture ne m'ait ôté." Moi, plus fort que Montesquieu, je renchéris : je n'ai jamais eu de chagrin que dix minutes d'écriture ne m'ait ôté ! A noter : Montesquieu parle de lecture, mais dans un sens particulier, actif ; il parle d'étude. S'il fallait trouver une formulation plus générale au phénomène dont il est ici question, nous dirions qu'il n'y a pas de chagrin qu'un temps relativement bref consacrée à une activité créative ne nous ôterait.
17 - Tomber sur un os.
Il serait vain de se voiler la face : quoi que l'on fasse, on finit toujours par tomber sur un os - sur quoi d'autre pourrions-nous donc tomber ? Seul échappatoire : avancer toute sa vie en rampant sur le ventre. Et encore...
16 - Aristippe et Hégésias
On s'étonne souvent de trouver parmi les disciples d'Aristippe de Cyrène - philosophe hédoniste qui prônait les plaisirs dynamiques de la vie - un dénommé Hégésias, pessimiste profond, pour qui le bonheur est impossible et la sagesse consiste à se laisser mourir de faim. En fait, si l'on s'arrête un instant sur cette curiosité, qui n'est pas sans pareille dans l'histoire de la philosophie, on remarquera qu'un même chemin (comprendre : un même cheminement intellectuel initial) peut aboutir à des conclusions tout à fait différentes, voire totalement opposées, selon le tempérament de celui qui s'y aventure : ainsi, un tempérament plein de force tirera de sa lucidité tragique un surplus de force et de joie, un degré supérieur d'attachement à l'existence, là où une nature plus faible, plus morbide, tirera de cette même lucidité tragique la conclusion que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue (selon Nietzsche, l'interprétation du faible est celle-ci : la vie fait souffrir, donc la vie est un mal). Envisagé sous cette angle, ne pourrait-on pas affirmer que Cioran est l'Hégésias de Nietzsche ? Il y a de nombreuses affinités entre ces deux auteurs (la forme de leur écriture, bien sûr, mais surtout leur lucidité tragique face à la réalité), si ce n'est que Cioran écrit "le plus grand exploit de ma vie est d'être encore en vie" (Écartèlements) là où Nietzsche affirme avec force que "la souffrance n'est pas un argument contre la vie" (Ecce Homo). Ne pourrait-on pas aussi dire, en renversant les choses : Nietzsche est l'Aristippe de Schopenhauer ?
15 - Double malheur.
C'est une chose très désagréable de devoir perdre son temps et son énergie dans un travail détestable, qui nous force à nous avilir, à nous aliéner, voire à nous renier parfois. Chose infiniment plus regrettable encore : quand nous prodiguons ainsi nos forces à la nécessité de la subsistance, c'est alors que nous ressentons généralement, quand nous sommes en dehors de nos obligations, le plus puissant besoin d'un narcotique quelconque - le besoin d'oublier, de penser à autre chose ; c'est ainsi que notre esprit se trouve doublement anesthésié, et que l'on finit parfois par se rendre compte, au bout d'un laps de temps variable, que l'on a strictement rien fait qui vaille. Il faut posséder une force prodigieuse pour pouvoir préserver l'énergie de rester intelligent, actif et créatif dans l'épuisement de la nécessité même. En ce sens, l'on a pas toujours tort d'affirmer qu'un malheur ne vient jamais seul.
samedi 1 mai 2010
14 - Préjugé ordinaire
"Il n'y a que les autres qui soient susceptibles de bêtise." Affirmation rarement mise en avant avec autant de transparence, mais que l'on décrypte aisément derrière la plupart des jugements.
13 - Falsification
Chercher à ne pas se contredire, autre nom de la volonté de falsification. Celui qui ne se contredit jamais est un falsificateur qui veut en imposer aux autres ; il ne doit être écouté qu'avec la plus grande circonspection. Du reste, cela démontre une grande incompréhension de l'utilité de la contradiction, de la contradiction comme symptôme, comme révélateur de ce qui se cache au-delà ce que l'on croit savoir de nous-même.
12 - Analyse pratique (mais superficielle)
On aura beaucoup moins de mal à comprendre le comportement des autres quand on aura admis la profonde multiplicité de chacun ; multiplicité dans le temps - dans le sens où notre "personnalité" évolue, et que celui que nous sommes à 80 ans n'a généralement plus beaucoup à voir avec celui que nous étions à 16 - (cette multiplicité là, tout le monde en convient généralement, mais son utilité pratique est minime) mais surtout, et cela semble parfois moins évident, multiplicité dans l'instant même. Pour prendre un exemple simple (donc réducteur), si l'on envisage quelqu'un dans son activité professionnelle, il sera toujours au moins double - je dis "au moins" pour insister sur la réduction à laquelle je procède - puisque, d'une part, il aspire à remplir (à jouer) son rôle en tant que professionnel (traduction courante : à donner l'impression aux autres qu'il le remplit), mais que, d'autre part, il ne peut s'empêcher d'être, au-delà de ce rôle, un individu travaillé par une foule de pulsions et de désirs divers et contradictoires - contradictoires, souvent, avec l'attitude à tenir pour jouer son rôle -, par exemple celui d'avoir la paix, d'en faire le moins possible, de ne pas être dérangé, etc. Ce qui fait que certains "gardiens de la paix" n'hésitent pas à falsifier ou à forcer des aveux pour pouvoir en finir au plus vite, pour donner l'impression d'avoir résolu un cas ; que certains employés de SAV, s'empressent de se débarrasser de nous tout en se cachant derrière mille manifestations de leur désir profond de nous contenter ; etc., etc. Encore faut-il remarquer que j'ai pris pour exemple des situations où la multiplicité est évidente, c'est-à-dire aussi des situations où elle est particulièrement superficielle. Qu'on y réfléchisse sérieusement, on y trouvera un marteau pour ausculter bien des préjugés et des illusions - peut-être même un marteau pour les briser.
11 - Symphonie en Nietzsche majeur.
Il faudrait dire de Nietzsche ce que lui-même disait de Mozart : les médiocres n'ont pas le droit de le louer.
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